UrgInfo 64A

Journée Trans-Frontalière - Le journal du Pays Basque

samedi 28 octobre 2006 par Tarak Mokni

La société en avance sur la loi

Article paru le 20 octobre 2006 dans Le journal du Pays Basque. Propos recueillis par Iban ETXEZAHARRETA

La 1ère Journée Trans-Frontalière de Médecine d’Urgence met en évidence des retards institutionnels. On se heurte à des problèmes bureaucratiques.

La rumeur raconte que l’ambulance de Donostia a eu des problèmes pour passer la frontière lors de l’exercice simulant un accident d’avion à Parme mercredi. Réelle ou imaginaire, l’histoire est révélatrice de l’état de la coopération transfrontalière en matière médicale. Pourtant, ce n’est pas la (bonne) volonté qui manque. Ainsi, près de 200 médecins et infirmiers des centres hospitaliers de Pampelune, Saint-Sébastien, Bayonne et du sud Aquitaine ont participé, à une première journée d’échanges sur leurs pratiques en médecine d’urgence à Bidart.

Lucie Bortayrou, infirmière au centre hospitalier de Bayonne, n’est pas mécontente du résultat : "face à la forte demande, on a dû bloquer les inscriptions". A l’image d’acteurs sanitaires particulièrement mobilisés sur cette question, elle a "bénévolement" passé une journée et une nuit aux urgences de Donostia et une journée à celles de Pampelune, pour présenter leur schéma d’organisation des deux côtés de la Bidassoa et du Baztan.

Le docteur Tarak Mokni, responsable du SAMU, brosse le tableau :

-  "Alors que les savoirs médicaux sont universels, nos systèmes d’organisation différents influent sur nos pratiques. Résultat, alors que les va-et-vient sont faciles de part et d’autre de la frontière, les patients se trouvent happés par le système jusqu’à l’absurde . Si un Landais tombe malade dans les Pyrénées-Atlantiques, cela devrait pouvoir se passer de la même façon que pour un Gipuzkoan qui a un problème à Bayonne. Il n’en est rien. Un Bayonnais qui serait victime d’un infarctus à Hondarribia est traité de la même façon que s’il était à Marrakech. Nous souhaiterions, dans le cas d’accidents légers, que l’on puisse amener le malade de là où il vient. En l’occurrence, que le malade soit amené à Bayonne plutôt qu’à Donostia."

-  "De la même façon, en cas de catastrophe, il faudrait que l’on puisse s’entraider : les recours sanitaires les plus proches d’ici sont à Dax et Saint-Sébastien, avant Pau !. Ainsi, si une ambulance du Gipuzkoa roulait gyrophare et sirène hurlante sur l’A63, elle est susceptible de se faire verbaliser par la police ou gendarmerie. Il serait presque plus facile d’intervenir au Pakistan s’agace le praticien.

-  Où se situe le verrou ?
-  "Il est administratif, plus que financier. Pourtant la coopération transfrontalière en matière de santé, tout le monde est pour,... mais cela fait 5 ans qu’on attend l’avis du Conseil de l’Ordre (sur la question de la responsabilité sur un éventuel cas d’erreur médicale par un médecin bayonnais exerçant en Navarre), ou celui de la CPAM (sur le remboursement d’un transport effectué Outre-Bidassoa) ! Néanmoins, quelques financements ont pu être dégagés dans le cadre de l’Eurocité Baiona-Donostia pour des missions, dont l’étude du transfert d’appel entre le ’’2 de Bayonne et celui du Gipuzkoa. A ce jour, les praticiens travaillent toujours sans filet. Les interventions du Centre hospitalier de Bayonne à Urdax ou à Dancharia sont courantes (en cas de problème cardiaque par exemple). On le fait mais nous sommes dans l’illégalité. En attendant que lois et réglementations prennent acte des réalités, rendez-vous a été pris pour une deuxième journée transfrontalière en octobre 2007 à Pampelune, sur le thème de la médecine d’urgence et extra-hospitalière, en associant cette fois les ambulanciers."

Tomas Belzunegi, médecin à l’Hospital Navarra à Pampelune, plaide pour la reconnaissance par les autorités institutionnelles du protocole de soins d’urgence entre les hôpitaux de Navarre, du Gipuzkoa et du Pays Basque nord.

-  Quelles sont les difficultés auxquelles se heurte la coopération entre les hôpitaux de Bayonne, Saint-Sébastien et Pampelune ?
-  Le premier problème est celui de la langue, la difficulté de communication entre les soignants de ces hôpitaux. La seconde difficulté se situe au niveau institutionnel. Il y a moins de problèmes de coopération entre la Navarre et l’Aquitaine qu’entre la Communauté autonome basque et la Navarre ‹au niveau institutionnel (pour des motifs politiques) s’entend. Mais entre nous, entre médecins, il y a une bonne coopération. Cette journée en est la preuve, pour nous connaître, pour traiter de nos problèmes et échanger sur nos solutions.

-  Que proposez-vous ?
-  Il devrait être possible, si le système fonctionnait bien, qu’un Français qui a un accident sur une de nos montagnes en Navarre, puisse être secouru par un hélicoptère navarrais qui l’emmènerait ensuite à l’hôpital de Bayonne. Ce n’est pas le cas. Actuellement, un Français qui a un accident à Irun, serait soigné dans cette ville, puis s’il y a besoin de l’opérer, il est emmené à Saint-Sébastien et non à Bayonne, Tout simplement parce qu’il n’existe pas de protocole de collaboration.

David Lopez, médecin à l’Hôpital de Saint-Sébastien, intervient dans la discussion :
-  Il y a bien eu un cas d’un Gipuzkoan qui a eu un accident traumatisme thoracique coronarien à Hendaye et qui fut emmené à l’UCI (service de soins intensifs) de Donostia. Mais c’est exceptionnel. C’est contraire à la procédure normale, car la frontière, censée ne plus exister, est toujours là. Il y a des problèmes, je ne sais pas comment les appeler, techniques ou politiques, qui empêchent de procéder ainsi.

-  Quels sont les projets concrets sur lesquels vous travaillez ?
-  Depuis des années maintenant on travaille à la mise en place d’un protocole permettant qu’une personne accidentée d’un côté de la frontière puisse être transférée et soignée du côté de la frontière dont il provient. Mais on se heurte à des problèmes bureaucratiques. Nous, soignants, sommes capables de nous mettre d’accord sur tel patient peut être transféré à Bayonne, mais une autorité bureaucratique dira que tel hélicoptère ne peut quitter les frontières de la Navarre. La difficulté n’est pas technique, elle est bureaucratique, administrative, politique. Ce type de journées est intéressant pour échanger sur nos façons de travailler, sur nos pratiques thérapeutiques. Elles devraient se prolonger par un échange de personnels entre nos services dans chacun de nos hôpitaux. Ce devrait être l’étape suivante. Il devrait pouvoir en être de même entre nos écoles d’infirmiers ou écoles de médecine.


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