UrgInfo 64A

Aide Médicale Urgente Transfrontalière (Article Sud Ouest 12/9/06)

jeudi 14 septembre 2006 par Tarak Mokni

Encore une utopie

Une réalité : « Dans le domaine de l’urgence transfrontalière, la réalité nous dépasse, il y a tous les jours des problèmes que nous ne parvenons pas à résoudre comme nous le souhaiterions... » Le Dr Tarak Mokni, responsable du SAMU/SMUR 64A au centre hospitalier de Bayonne souhaiterait faire évoluer ce dossier à grands pas. Il a été ouvert en 1998 avec la signature d’un jumelage entre le centre bayonnais et son équivalent guipuzcoan, le complexe hospitalier de Donostia (1172 lits). En avril 2005 un projet « Eurocité Bayonne Saint Sebastien » a été mis en place qui vise à la création d’un « espace unique ». On en est encore loin. La gestion des urgences transfrontalières en dépit de la bonne volonté des praticiens peine à s’articuler de façon satisfaisante . Les médecins ont néanmoins appris à se connaître et à échanger. Il est ainsi prévu de longue date que les services d’urgence d’Osakidetza [1] en Guipuzcoa participent à l’exercice de simulation de catastrophe prévu le 18 octobre à l’aéroport de Parme, à l’initiative de la préfecture.

Des erreurs : « Je prends un exemple, lance le Dr Mokni : un Dacquois va à la plage de Capbreton, commune située dans la zone régulée par le SAMU de Bayonne. On le prend en charge et on s’aperçoit qu’il a un dossier à Dax, on va donc l’amener à Dax. S’il s’agit d’un habitant d’Irun, il va se retrouver immanquablement à la polyclinique de Saint-Jean-de-luz ou à Bayonne. Nous aimerions pouvoir l’acheminer vers l’hôpital d’Irun ou de Saint Sebastien... Autre exemple, un Français est témoin d’un accident sur l’autoroute au niveau du péage d’Irun, il appelle le 112, mais tombe sur le centre de Bayonne. Ou bien encore, un Espagnol a le feu chez lui, il appelle le 112 et aboutit à Saint Sebastien où on ne sait trop vers qui l’orienter... Des erreurs ont été commises, j’ai ainsi le souvenir d’un motard décédé dans la zone de Dancharia. Pour un arrêt cardiaque à Hendaye , pourquoi n’utiliserait-on pas les moyens médicalisés de Donostia si on est débordé sur Bayonne ? On le fait bien avec les Landes ! On envoie des secours au Pakistan et on ne va pas s’entraider ici à la frontière ! »

Une thèse : C’est à la situation de cette question urgences transfrontalières que le dr Manu Da Rocha, Hendayais tout frais émoulu de la faculté de médecine de Bordeaux, a consacré sa thèse de fin d’études. Un séjour de plusieurs mois aux urgences bayonnaises lui a permis de vivre la réalité quotidienne. Etude comparative des bassins de population, des systèmes de santé et des moyens disponiblesfaites, Manu da Rocha a dressé la liste des difficultés : administratives, juridiques, techniques et sans doute avant tout culturelles et linguistiques. Comme il le souligne, la coopération la plus avancée se retrouve à la frontière franco-belge où la question de compréhension mutuelle ne se pose pas. Elle se matérialisa par l’envoi de quatre hélicoptères médicalisés et d’équipes du SAMU 59, le 30 juillet 2004, dans le Hainaut à la suite d’une explosion dans le complexe industriel de Ghislenghien qui fit plusieurs dizaines de blessés et 24 morts.

Le traité de Perpignan : Les partenaires ont défini cinq objectifs essentiels :
-  le transfert d’appels entre centres de régulation ;
-  l’acheminement du patient vers son secteur d’origine ;
-  la mutualisation des secours dans l’urgence vitale sur une zone frontière préétablie ;
-  la gestion des transferts inter-hospitaliers ;
-  l’entraide en situation de catastrophe.

Manu da Rocha met l’accent sur l’absence d’expérience sur ce dernier point :. « La zone frontalière basco-navarraise n’a encore jamais vécu de catastrophe majeure, mais jusqu’à quand ? » Et de rappeler qu’elle abrite au moins trois infrastructures susceptibles d’être le théâtre de graves accidents : la gare de Hendaye (fret et voyageurs), les aéroports de Fontarabie où les avions survolent la plage de Hendaye et de Bayonne Anglet Biarritz aménagé en zone hautement urbanisée.

Il existe malgré tout un traité franco-espagnol dit de Perpignan (signé le 11 octobre 2001) autorisant le passage de la frontière pour des ambulances médicalisées dans les cas de catastrophe... « On pourrait donc envisager une extension du traité de Perpignan aux prises en charge de patients frontaliers dans l’aide médicale urgente par les ambulances françaises et espagnoles » suggère l’auteur de la thèse qui contient d’intéressantes données statistiques.

Exercice catastrophe : Le 18 octobre les centres hospitaliers de Bayonne et de Saint- Sébastien participeront à une simulation de catastrophe à l’aéroport de Biarritz-Parme.

[1] Osakidetza, nom du service de santé géré par le gouvernement autonome basque


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